Des traces humaines dès la Préhistoire

Des vestiges du Paléolithique sont attestés en Haute Gironde, notamment autour de Saint-Palais, Gauriaguet ou encore Cavignac (source : Service régional de l’archéologie, DRAC Nouvelle-Aquitaine). La vallée de la Dordogne, toute proche, offrait déjà un environnement favorable. Si les sites majeurs comme Pair-non-Pair (Prignac-et-Marcamps) illustrent le Magdalénien (-18 000 à -13 000 av. J.-C.), c’est la diversité des habitats qui frappe : grottes, abris sous roche, silex taillés et restes d’animaux chassés témoignent d’une présence continue bien avant la romanisation.

  • Pair-non-Pair reste l’un des sites préhistoriques majeurs de France, célèbre pour ses gravures pariétales représentant chevaux, bouquetins et mammouths.
  • Entre Bourg, Saint-Gervais et la citadelle de Blaye, la cartographie des prospections archéologiques révèle une occupation humaine diffuse, adaptée au relief et aux ressources naturelles.

L’Antiquité : une voie stratégique entre monde atlantique et bassin méditerranéen

La domination romaine métamorphose le territoire dès la fin du Ier siècle av. J.-C. Avec la conquête de Burdigala (Bordeaux), la Haute Gironde devient un point d’ancrage du réseau commercial gallo-romain.

  • Voie Domitienne : l’axe routier reliant Saintes à Bordeaux traverse la Haute Gironde actuelle, favorisant échanges de vin, de poterie sigillée et de blé. Des vestiges de villas, comme à Cézac ou Saint-Laurent-d’Arce, montrent une agriculture prospère.
  • Le port antique du Blayais, mis en évidence par l’archéologie préventive lors de fouilles urbaines dans les années 1990 (INRAP), dessine les contours d’un centre d’échanges dès l’époque gallo-romaine.
  • La toponymie locale demeure un témoin : les noms se terminant en –ac (Gauriac, Cézac, Pugnac) signalent des domaines gallo-romains (propriété d’un certain Cécius, Gaurius, Puinius…)

On retrouve des restes de temples, d’amphores à vin importées, et des sépultures, comme à Comps ou Cartelègue, confirmant le brassage culturel et économique du territoire.

Moyen-Âge : forteresses, bourgs et mutations agraires

Avec la fragilité de l’Empire romain, la région entre dans une ère de transformation : villages perchés, mottes féodales, petites églises romanes jalonnent l’espace.

  • L’abbaye Saint-Georges de Cubzac-les-Ponts, fondée au XI siècle, est une illustration de l’essor du monachisme, du travail de la terre et de la diffusion de la culture chrétienne sur les bords de Dordogne.
  • Bourg et Blaye deviennent des places fortes, luttes pour le contrôle de l’estuaire, témoin du passage des Vikings et des rivalités féodales. Blaye est intégré à la ligne de défense contre les invasions normandes au IX siècle.
  • La bataille de Blaye (1159), lors du conflit entre Plantagenêts (Angleterre) et Capétiens (France), inscrit la cité dans l’histoire de la Guyenne médiévale.

Églises, moulins, bourgs : une mosaïque rurale

  • Au XIII siècle, la construction d’églises romanes marque l’essor démographique et agricole : Saint-Savin, Saint-Trojan, Samonac...
  • Diversification des cultures (vigne, blé, chanvre) ; développement de moulins à eau sur la Saye, la Dordogne, la Gamage à Saint-André-de-Cubzac.

Époque moderne : vignes, échanges fluviaux et guerres de frontière

Entre le XVI et le XVIII siècle, la situation stratégique de la Haute Gironde attire marchands, familles nobles, mais aussi convoitises militaires.

  • La vigne gagne du terrain, encouragée par la proximité de Bordeaux. Des actes notariés du XVII s. recensent d’innombrables « caprices » : exploitations de petite taille qui alimentent le marché urbain. Un recensement de 1720 rapporte que 35 à 45 % des exploitations agricoles du Blayais élèvent du vin en complément du maïs et du chanvre (source : Archives départementales de la Gironde).
  • Création de ports secondaires sur l’estuaire pour le commerce du sel, du vin, puis du bois et du charbon, notamment à Bourg, Plassac, Gauriac et Saint-André-de-Cubzac.
  • Cycle des Guerres de Religion : pillages récurrents, alternance de domination catholique et protestante à Blaye, Bourg et dans le Nord-Gironde. Les chroniqueurs du temps évoquent furtivement une « prospérité fragile ».
  • Le blocus maritime de 1689, lors de la guerre de la Ligue d’Augsbourg, cause des difficultés d’approvisionnement et accélère la militarisation du front d’estuaire.

Urbanisme et patrimoine civil

  • Construction de bastides et de chartreuses : la configuration des bourgs ruraux encore visibles aujourd’hui, autour d’un noyau d’habitat, date pour l’essentiel du XVIIe siècle.
  • En 1685, le roi Louis XIV commande la Citadelle de Blaye, chef-d’œuvre de Vauban, destinée à verrouiller l’accès à Bordeaux. Classée aujourd’hui au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle symbolise le pouvoir royal et la fonction défensive du site.

Les XIXe et XXe siècles : entre essor industriel et bouleversements sociaux

Le XIX siècle bouleverse la dynamique locale. Dès les années 1830, les digues sont renforcées pour maîtriser les inondations de l’estuaire. L’état impulse la modernisation des infrastructures (routes, chemins de fer, ponts).

  • Arrivée du chemin de fer : la ligne Paris-Bordeaux passe par Saint-André-de-Cubzac (ouverture en 1852), puis Blaye par une ligne secondaire, désenclavant le territoire.
  • Développement du secteur portuaire : en 1880, Blaye traite annuellement plus de 70 000 tonnes de céréales et de charbon transférées sur barques et gabares vers Bordeaux (source : Inventaire du Patrimoine Maritime).
  • Le phylloxéra (apparu en 1869 à Saint-Romain-la-Virvée en Gironde) ravage le vignoble. À partir de 1875, les superficies cultivées chutent : selon l’INRA, la perte de production viticole dépasse 70 % en une décennie sur certains secteurs.
  • Début du XX siècle : installés à Braud-et-Saint-Louis et Marcillac, chantiers navals, tôleries et entreprises relais profitent de l’élan industriel du bassin bordelais et du trafic fluvial.
  • L’électrification rurale ne débute réellement qu’entre 1930 et 1938. L’étude des taux d’alphabétisation et de scolarisation dans le nord du département à la veille de la Seconde Guerre mondiale montre encore de fortes disparités : on recense en 1936, à Saint-Ciers-sur-Gironde, un taux d’alphabétisation de 85 % chez les moins de 20 ans, contre 97 % à Bordeaux.

Résistances et reconstructions

  • Seconde Guerre mondiale : la Citadelle de Blaye est réquisitionnée, puis devient un point stratégique de la Résistance. Des groupes actifs circulent aussi entre Saint-Savin, Cubzac, et entre les forêts du Nord-Gironde. La destruction du pont métallique de Cubzac par les Forces françaises de l’Intérieur en août 1944 a retardé la remontée allemande.
  • Les années d’après-guerre voient le renouveau agricole, la structuration des coopératives viticoles et la reprise démographique : la Haute Gironde, qui avait perdu près de 15 % de sa population entre 1914 et 1946 (source INSEE), repasse au-dessus des 80 000 habitants dans les années 1970 avec l’exode urbain.

Patrimoine, mémoire et enjeux contemporains

Aujourd’hui, la Haute Gironde relie son passé à ses efforts d’avenir. Entre valorisation du patrimoine, mutations agricoles et développement de nouveaux pôles d’activités, le territoire porte encore l’empreinte vivace de ses grandes périodes historiques.

  • Restaurations patrimoniales (citadelle, logis chartreux, moulins) alimentent une nouvelle économie de tourisme de mémoire et d’itinérance ; le circuit de la « Route de la Corniche Fleurie » est ainsi emprunté chaque année par plus de 25 000 visiteurs.
  • Les pratiques agricoles évoluent : en 2021, l’AOC Côtes de Bourg regroupe plus de 300 viticulteurs, couvrant près de 4000 hectares, témoignant d’un renouveau mais aussi de défis liés à la transition écologique (source : Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux).
  • Défis actuels : adaptation face au changement climatique, à la mobilité et à la démographie contrastée, poursuite de la diversification économique et maintien de l’accès aux services publics.

Une histoire toujours en mouvement

La Haute Gironde ne livre pas tous ses secrets d’un seul coup : mosaïque de paysages, de mémoires, d’événements marquants, elle s’inscrit dans l’histoire longue, du néolithique jusqu’aux mutations contemporaines. Ici, chaque vallée, chaque bourg, chaque méandre d’estuaire garde le souvenir de ces grandes étapes qui continuent à forger l’identité du territoire.

Sources : DRAC Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine Culturel, INRA, INSEE, Archives départementales de la Gironde, INRAP.

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